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Le quartier chinois de Paris est toujours animé. Des touristes mitraillent avec leurs smartphones sous le paifang, des cartons de marchandises s'entassent devant les supermarchés, les dialectes percutent le français dans l'air. Ma salle de classe est au troisième étage, les fenêtres donnent sur la rue, l'isolation phonique est moyenne.
J'ai besoin d'une armure.
Pas pour me protéger de cette rue, mais pour moi-même — une personne INFJ, groupe sanguin A, Poisson, marquée par l'énergie Gui dans le Ba Zi — afin de tenir bon ici, et de continuer à tenir.
I. Style d'enseignement : Douceur, mais structurée
Un INFJ de groupe A ne s'ouvre pas infiniment comme un Poisson de groupe B. J'ai besoin de limites, pas d'un mur froid, mais de cette frontière qui fait comprendre aux élèves : « Ici, vous êtes en sécurité, mais ici, c'est la classe. »
Le premier cours, je fais deux choses :
La première, je consacre dix minutes aux règles. Pas de règlements énoncés d'un air sévère, je sors des cartes de caractères que j'ai fabriquées, une par une : « Comment gérer les retards ? », « Quand rendre les devoirs ? », « Comment poser une question en classe ? ». Au dos des cartes, des motifs à l'encre de Chine, les coins coupés net. Les élèves les retournent entre leurs mains et comprennent que cette enseignante est sérieuse.
La seconde, après avoir énoncé les règles, je dis : « Maintenant, prenez une feuille, dessinez votre humeur du moment. Pas besoin de bien dessiner, juste de façon compréhensible. »
Certains dessinent un soleil, d'autres un gribouillis. Je fais un tour de la classe, je m'arrête une seconde devant la table d'un enfant qui a fait un dessin particulièrement abstrait, et je demande doucement : « Ce gribouillis, c'est parce qu'il y a trop de devoirs aujourd'hui ? » Il reste interdit, puis sourit.
Les règles donnent assez de sécurité pour que les émotions puissent circuler. Voilà l'atmosphère « douce mais structurée » — les élèves savent qu'ils peuvent montrer leurs vrais sentiments devant vous, mais aussi que les règles de la classe doivent être respectées. Cette limite offre justement un réceptacle sûr à la spiritualité du Poisson.
Pour la préparation des cours, mon groupe sanguin A me pousse dans le perfectionnisme. Mes cartes de caractères sont recto-verso : recto en kaishu (style régulier), verso avec le même caractère écrit à la main par la même personne. Ma frise chronologique culturelle est faite comme un panneau de musée, chaque dynastie accompagnée d'une illustration d'objet d'époque, un espace blanc sous la frise pour que les élèves puissent ajouter des choses. Mes diaporamas sont si soignés que mes collègues me demandent quelle agence de design les a faits.
Mais en pleine classe, je peux à tout moment sortir du diaporama.
Ce jour-là, en enseignant le caractère « yǔ » (pluie), il s'est vraiment mis à pleuvoir dehors. Je n'ai pas continué le PowerPoint, j'ai demandé aux élèves de s'approcher de la fenêtre pour regarder les gouttes taper contre la vitre, les traces d'eau couler. Puis on est retournés s'asseoir pour écrire « yǔ ». Après l'avoir écrit, j'ai demandé : « La pluie que vous venez de voir, est-ce qu'elle ressemble à ce caractère ? »
Voilà ce qu'est « l'improvisation après une préparation minutieuse ». Sans la préparation minutieuse en amont, je n'oserais pas faire cet écart ; sans cet écart, la préparation n'est que préparation.
II. Conception des cours : Ranger les émotions dans des cases
Les sensations du Poisson sont un océan immense, tandis que le groupe sanguin A aspire à organiser ces sensations en tiroirs et en étiquettes. Avant, je trouvais cela schizophrénique, puis j'ai réalisé que c'était parfait pour enseigner le chinois.
Le jour où j'ai enseigné le caractère « chóu » (souci, tristesse), un petit garçon écrivait distraitement. Il venait d'arriver de Chine, ne maîtrisait pas encore le français, avait peu d'amis à l'école.
J'ai d'abord expliqué « qiū xīn » : le cœur de l'automne, ce sentiment de vide intérieur quand toute la nature dépérit. Il ne disait rien, mais son stylo s'est arrêté.
Puis j'ai sorti le papier quadrillé d'écriture : « Allez, on va mettre ce "cœur d'automne" dans les cases, trait par trait. Horizontal, vertical, trait oblique, point… Tu vois, la tristesse des anciens est ainsi rangée sagement depuis trois mille ans. »
Il a écrit « chóu » trois fois, chaque fois plus stable. Quand il a posé le dernier trait, il a levé les yeux vers moi, sans rien dire. Moi non plus.
L'émotion n'a pas besoin d'être « résolue », seulement d'être vue, puis déposée. La case d'écriture est cet endroit où la déposer.
Face aux questionnements identitaires des enfants d'origine chinoise, j'utilise la même logique — transformer le déchirement flou en tableau visible.
Il y avait un garçon, visage chinois, langue maternelle française, traîné au repas de famille pour le Nouvel An chinois, mais questionné par ses camarades : « Est-ce que tu manges du chien ? » Je lui dis : « Viens, on va dessiner une balance. »
À gauche, j'écris « La Chine dans mon corps » : baguettes, hongbao (enveloppes rouges), modestie, riz.
À droite, j'écris « La France dans mon corps » : pain, vacances, débat, fromage.
Il écrit, écrit, puis s'arrête : « Professeur, est-ce qu'on peut avoir les deux en même temps ? »
« Oui, on peut. »
« Alors je peux être les deux à la fois ? »
« Tu es déjà les deux à la fois. Cette balance, c'est juste pour que tu voies, pas pour que tu choisisses. »
Plus tard, sa mère m'a raconté que ce jour-là, en rentrant, il avait spontanément dit « merci » en chinois.
III. Interaction enseignant-élève : Le gardien silencieux
Je perçois avec acuité quand un enfant est triste — c'est mon instinct d'INFJ couplé au Poisson. Mais mon groupe sanguin A m'empêche de manifester bruyamment mon attention en public.
Ce garçon d'habitude si bavard est silencieux aujourd'hui. Je passe discrètement devant lui, dépose sur sa table un post-it où j'ai écrit en chinois : « Aujourd'hui nuageux, demain fera beau. » Il jette un coup d'œil, le range dans sa trousse, ne dit rien. Après les cours, il part le dernier et murmure à la porte : « Merci, professeur. »
Cette fille qui n'arrive pas à bien écrire, je m'attarde un peu plus à côté de sa table, je fais un petit cercle à côté d'un caractère qu'elle a bien formé. Pas besoin de parler, elle comprend.
Pour les adolescents, cette attention implicite a plus de force qu'une expression démonstrative. Ils ont peur d'être singularisés en public, peur qu'on leur demande « Qu'est-ce qui t'arrive ? ». Ils ont juste besoin d'être vus, et de savoir que celui qui les voit ne le criera pas sur les toits.
Face aux conflits, mon instinct de groupe A est de les éviter. Mais l'énergie Gui me donne une autre voie — ne pas heurter de front, suivre le courant, contourner.
Cette fois-là, deux garçons ont failli se disputer : l'un disait « Les Chinois mangent du chien », l'autre criait « C'est faux ! ». Je me suis approchée, sans juger qui avait raison, j'ai d'abord demandé au garçon qui parlait français : « Où as-tu vu ça ? Sur Internet ? Quelqu'un te l'a dit ? »
Il a marqué un temps d'arrêt : « Un camarade me l'a dit. »
J'ai dit : « Ah. Eh bien, la prochaine fois que ton camarade dit ça, tu lui réponds : "Je connais une prof de chinois, elle a un chien qu'elle considère comme son fils." Allez, comment on dit ça en français ? »
Il a essayé de traduire, puis a souri tout seul. La colère était retombée.
Désamorcer avec l'humour à la française, ramener sur le sujet chinois, et conclure avec le sens des responsabilités du groupe A : « Après les cours, vous m'aiderez tous les deux à ranger les chaises. » — Problème résolu, et en plus ils ont collaboré.
IV. Recharger son énergie : Se protéger dans le don de soi
Groupe A plus INFJ, c'est la combinaison idéale pour le surdon de soi. Face à ces enfants tiraillés entre deux cultures, mon instinct est de me vider.
Je dois instaurer un rituel de « retraite ».
La cloche sonne, les élèves partent, je ne me précipite pas pour ranger ou retourner au bureau des profs. Je m'accorde quinze minutes : assise près de la fenêtre, j'écoute un morceau de guqin, ou j'écris quelques lignes de flux de conscience sur un carnet — chinois, français, symboles, n'importe quoi. Ne penser à rien, juste laisser l'énergie Gui refluer.
Ce créneau est immuable. Mes collègues croient que je prépare mes cours, en réalité je « ne prépare pas ».
Il y a une astuce encore plus efficace : diviser la grande mission en petits projets.
J'ai commencé avec la mission de « réparer les racines culturelles » en entrant dans la classe, et au bout de trois mois j'étais épuisée. Parce que c'était une responsabilité infinie, jamais assez bien faite.
J'ai changé : ce semestre, je me concentre uniquement sur ces trois enfants pour les aider à prendre confiance en la lecture du chinois. Rien que ces trois-là. Pour les autres, j'enseigne normalement, mais mon énergie et mes émotions vont en priorité à ces trois.
En fin de semestre, l'un d'eux a pris pour la première fois de lui-même un album jeunesse chinois et l'a lu, cahin-caha. L'expression sur son visage quand il a levé les yeux après sa lecture était bien plus réelle que le grand mot « réparer les racines culturelles ».
Projétiser, c'est faire vivre l'idéalisme de l'INFJ dans le pragmatisme du groupe A.
V. L'ordonnanceur des gènes culturels
Les informations culturelles à Chinatown Paris sont bruyantes, voire contradictoires. Cantonais, wenzhouais, qingtianhua, des immigrants de différentes époques avec les mémoires de leur temps. Parfois une affiche en caractères traditionnels, à côté un avis en caractères simplifiés, et à côté « Bonne année » en français.
Mon rôle n'est pas de diffuser toutes ces informations, mais d'opérer un « tri des gènes culturels ».
Avec l'intuition de l'INFJ, filtrer les fragments superficiels et déformés — certains symboles trop commerciaux, certaines « traditions » dénaturées.
Avec le discernement du groupe A, sélectionner le noyau vraiment digne d'être transmis — pas l'exotisme, mais ce qui peut aider quelqu'un à tenir debout.
Avec la spiritualité du Poisson, trouver la manière la plus douce de l'exprimer.
Avec la puissance de pénétration du Gui, laisser ces contenus s'infiltrer doucement dans le quotidien des élèves.
Au final, ce que les élèves emportent de moi, ce n'est pas seulement « nǐ hǎo » et « xiè xie ».
Cet enfant qui a clarifié sa vision avec la balance a écrit plus tard dans une rédaction : « J'ai deux os, un en Chine, un en France. Ils me soutiennent, je marche très droit. »
Ce garçon qui avait écrit « chóu », je l'ai croisé dans le couloir quelque temps après, il m'a soudain dit en chinois : « Professeur, aujourd'hui je ne suis pas triste. » Puis il est reparti en courant.
Voilà ce que je veux donner : une romance ordonnée, une liberté enracinée.
Postface
Quelqu'un m'a demandé : tu te donnes tant de mal pour enseigner le chinois à quelques enfants d'origine chinoise, qu'est-ce que ça peut changer ?
Je ne sais pas.
Mais j'ai vu ce garçon lâcher soudainement cette phrase en chinois dans le couloir. J'ai vu cet enfant expliquer une fête traditionnelle chinoise en français, ses camarades français l'écoutant bouche bée.
Je n'ai pas besoin d'être le professeur le plus populaire, que tous les enfants m'adorent. J'ai juste besoin d'être celle — dont quelqu'un, un jour, dans plusieurs années, se souviendra soudain et sentira son cœur se réchauffer un peu.
Voilà ce qu'une personne INFJ-groupe A, Poisson-Gui peut faire à Chinatown Paris.
Protéger le rêve le plus éthéré avec l'armure la plus rigoureuse.
Avec la souplesse du Gui, assouplir les règles du groupe A sans les briser.
Avec la perspicacité de l'INFJ, voir les plis de ces âmes.
Et avec le chinois, effleurer doucement ces plis, là où il faut.
Un effleurement suffit.